Invitée: Anne Bekelynck

Version imprimableEnvoyer par courriel
Vendredi, 24 Novembre 2017

SEMINAIRE PROGRAMME III /
SEMINAIRE BORDEAUX DEVELOPPEMENT

Anne BEKELYNCK

Docteure en sociologie, PACCI - Site ANRS de Côte d'Ivoire
Ceped (Université Paris Descartes / IRD)

Vendredi 24 Novembre
12h - 13h30
GREThA, salle F340

"Les instances de coordination nationale du Fonds mondial de lutte contre le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme : une mise en scène démocratique ? A partir du cas ivoirien"

Abstract : Contexte : Le Fonds mondial (FM) se caractérise par une volonté affichée de promouvoir un système participatif, c’est-à- dire où l’ensemble des secteurs (secteur public national, société civile, secteur privé et partenaires techniques et financiers) est engagé. Les instances de coordination nationale (ICN/CCM) ont ainsi été créées afin de favoriser l’appropriation nationale, la pérennisation et le meilleur alignement des financements sur les besoins des pays.

Objectifs : L’objectif de cette communication est d’analyser la mise en œuvre concrète de cette démocratie participative : dans quelle mesure la société civile et le secteur public national font-ils entendre leurs voix au sein des CCM et quels sont les facteurs limitant l’instauration d’un véritable processus collaboratif ? Au final, de quelles marges de manœuvre disposent ces instances de coordination nationales, face aux directives internationales ?

Méthodes : Une enquête qualitative a été menée au sein du CCM de Côte d’Ivoire (CCM-

CI), durant 2 ans (2015-2017) : observation de réunions (15), entretiens semi-directifs avec membres du CCM (20), participation à une visite de supervision et analyse de la littérature grise (Fonds mondial et CCM).

Résultats : De manière formelle, le CCM-CI a adopté les règles participatives recommandées par le FM : forte représentation de la société civile, liberté d’expression, transparence. De nombreux facteurs limitent cependant la qualité du processus démocratique. 1) Les inégalités structurelles entre les acteurs en présence se font généralement au détriment de la société civile, tant en raison d’obstacles cognitifs (connaissances) que sociaux (rapports de pouvoir bailleurs/bénéficiaires) et financiers

(ressources limitées), 2) le FM génère un ensemble d’obstacles institutionnels : complexité et vitesse de changement des règles et outils qu’il produit, formations davantage dédiées à la compréhension de l’institution qu’au renforcement de capacités des acteurs 3), la fragilité de la société civile en Côte d’Ivoire ne permet pas une symétrie de interactions au sein du CCM, caractérisée par sa professionnalisation et ses activités de « courtage en développement ». Aussi, de nombreuses décisions essentielles sont prises de manière unilatérale depuis Genève, et non au sein même du CCM.

Conclusions : Le CCM-CI est davantage caractérisé par un processus participatif fondé sur une présence physique des participants dans le but d’obtenir certains intérêts (financiers, symboliques, sociaux), que d’un processus délibératif qui serait fondé sur la confrontation des idées. Ceci souligne les paradoxes d’un système participatif imposé de l’extérieur et non suscité par une demande sociale et locale, dans un contexte de démocratie fragile et de forte technicité du Fonds mondial. Pour le FM, les CCM ont davantage un intérêt symbolique, avec une fonction de légitimation de cette OI, qu’un rôle décisif réel.